AMY #7 – La Chine Avec Mes Yeux

Si je devais résumer mon mois en Chine en un mot, je dirais « parc d’attraction ». Du coup ça fait deux, mais ce pays est tellement grand qu’il faut au moins ça. 1 400 000 000 de personnes, ça donne des décors où les villes et les villages se succèdent sans interruption. Ça donne le tournis dans les mégalopoles. C’est un flot incessant de cris, de raclements de gorge et de bousculades. C’est agressant la Chine. Le Chinois l’est. Du moins les anciens, les jeunes font ce qu’ils peuvent pour éduquer leurs parents à ne pas se précipiter quand les portes de métro s’ouvrent, à ne pas bousculer, à comprendre les étrangers. La Chine se développe, la Chine évolue en bien et en mal, comme partout. Le smartphone est leur couteau suisse, leurs yeux n’en décollent jamais. Non ça n’a rien à voir avec ‘les jeunes de chez nous’, c’est un autre niveau. La Chine est un autre niveau en tout. Tout n’est qu’extrême et grandeur, dans tout.

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La Chine est un parc d’attraction, ses parcs nationaux ne sont plus des parcs. Tout est pavé, goudronné. Les pancartes « Interdiction de passer » et les clôtures se succèdent à chaque espoir de sentier. Tout le monde suit le même chemin tracé, sans se poser de question ; il n’y a rien à voir à droite et à gauche, que ce soit dangereux ou non. Dans ce pays qui envahit votre espace vital, il est étonnamment très facile de trouver le silence et la paix pour quelques secondes, il suffit de vous écarter de 150m des attractions. Juste 150m. Les sentiers sont des refuges. Et pourtant ils restent tous agglutinés en troupeaux. Ils n’aiment pas marcher. Ils ne sont pas explorateurs, ils suivent le mouvement et écoutent ce qu’on leur dit. Ne se posent-ils vraiment aucune question ? Je pensais en arrivant qu’ils ne connaîtraient pas l’existence de Facebook. Mais les VPN, ils savent très bien ce que c’est. La Chine ce n’est pas la Corée du Nord. Font-ils semblant ? Suivent-ils par peur des représailles ? Jouent-ils un rôle en attendant des jours meilleurs ? Ou sont-ils aussi stupides qu’ils nous apparaissent ? Franchement je pense qu’ils sont un peu de tout ça. Je suis allée en Chine pour changer ma vision de ce grand territoire, pour me faire ma propre idée, pour comprendre ces touristes qui se font voler leurs téléphones sans même avoir encore quitté l’aéroport. Ça m’a rappelé un film : Enfants 44. « Le crime n’existe pas au paradis ». La mentalité communiste est encore bien implantée dans ce pays roi du capitalisme. Ils laissent leurs téléphones trainés car personne ne viendra les voler, les caméras surveillent, les caméras punissent. Le mensonge n’existe pas non plus : je leur ai dit que je n’avais pas de ciseaux dans mon sac, ce qui était faux et ils en avaient la preuve aux rayons X. Ils étaient perdus… Mais je n’avais pas envie de leur donner mon petit ciseau, bien caché au fond du sac très certainement, surtout pour qu’ils me le redonnent une minute plus tard #ViveLaSécurité #J’étaisEnRetardPourLeTrain.

Les touristes chinois chez eux sont les mêmes qu’à l’étranger : naïfs, bruyants et arrivent telle une tornade, par bus, pour une photo, sans même regarder la couleur du tableau. Ils veulent prendre des photos avec vous pour pouvoir les montrer aux autres. Tout est dans l’apparence et l’accumulation de biens. Même quand vous dites non, ils trouvent quand même un moyen pour voler la photo. Ils représentent 3 % de la population, ces nouveaux riches sans respect ni même une lueur de bon sens. Ils découvrent seulement la joie du passeport. Mais 3 % d’1 400 000 000 ça fait beaucoup… Ils donnent une telle mauvaise image de leur pays. Les autres Chinois, ceux qui ne savent peut-être même pas à quoi ressemble un passeport, ils sont adorables, souriants, accueillants, aidants comme ils peuvent. Ils ne vous comprennent pas, n’essaient même pas très souvent, mais ils vous respectent. Ils sont curieux.

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Voyager en Chine ce n’est pas difficile, c’est juste plus compliqué qu’ailleurs. Ils sont leur propre tourisme. J’ai mis du temps à comprendre que tous ces Chinois qui m’entouraient dans les rues de Pingyao étaient d’ailleurs. Pourquoi s’embêter à tout mettre en anglais ? Tous ces voyageurs étrangers qui viennent ne rivalisent aucunement en nombre à la masse qu’ils représentent. Ils ne s’embêtent pas à vous rendre la vie plus facile, vous ne faites pas le poids. Mais on trouve tout sur internet aujourd’hui (quand les VPN et le wifi fonctionnent). Il y a la masse de sites avec bons plans et conseils, car justement l’info est difficile à trouver sur place. Parfois même dans les auberges, la communication est compliquée. Moi ça me met mal à l’aise de ne pas pouvoir m’exprimer dans leur langue. C’est moi qui viens ici et je suis incapable de leur expliquer ce que je veux, c’est moi la ‘fautive’ dans l’histoire. Plus d’une personne sur sept parlent chinois sur cette planète et à l’école on a genre 0h de chinois, il n’y a pas un problème quelque part ? #EducationNationaleEncoreUneFoisEnRetard. En plus, ils n’utilisent pas leurs mains ! Nous les latins, on fait de grands gestes, on arrive toujours à se comprendre.  Les seuls gestes qu’ils font ce sont les nombres et ils n’ont rien à voir avec les nôtres ! (Ça vous dit d’ailleurs ? On essaie de se mettre d’accord au moins là-dessus ?) Quand vous leur parlez dans un anglais le plus simple possible et ajouter les mîmes qui vont avec, ils vous regardent, un poker face pas très accueillant peint sur le visage. À mon avis, on doit ressembler à des macaques à ce moment-là… C’est frustrant au début et puis on prend l’habitude, on leur renvoie la poker face et ils finissent par dégainer leur traducteur. Certains sont de mauvaise volonté, surtout les chauffeurs de bus, ils n’essaient même pas de vous comprendre et vous font un geste de la main pour vous faire taire. Tous ne sont pas ainsi, le choc de culture est réel à l’arrivée là-bas. Mais on prend vite l’habitude, on devient comme eux, on pousse, on ne sourit plus dans la rue. Un mois en Chine, c’était bien suffisant… (#ViveLaChineSansLesChinois)

Quand je relis ce que je viens d’écrire, le tableau est noir. Et pourtant la Chine est tellement belle, elle a tellement à nous offrir, elle peut tellement nous faire grandir. Combien de fois des petites vieilles ont tenté de rentrer en communication avec moi quand j’étais seule assise à manger ? Combien de fois j’ai soufflé un waooh parce que ce que j’avais sous les yeux, c’était éblouissant, magnifique, spectaculaire ? Et leur médecine millénaire qui vous guérit sans vous détraquer de l’intérieur ? Et leur art ? Je ne vous ai pas parlé de ces tableaux immenses d’un réalisme fou à se demander si c’est de la peinture ou une photo ! Et leur histoire ? Pourquoi on ne l’étudie pas à l’école ? C’est en allant là-bas que j’ai compris le rôle de la route de la soie sur nos cultures, sur nos échanges, que j’ai compris aujourd’hui… Cette culture elle est immensément riche. J’ai adoré la Chine. Je suis impatiente d’y retourner, mais je sais que je ne pourrais pas y vivre. C’est trop… différent. Ça fatigue du coup, alors le faire en plusieurs étapes, c’est une bonne idée. Elle est tellement grande la Chine qu’elle en a pour tous les goûts. Combien de fois j’ai souri, entourée de les vélos et de scooters à Xi’an ? Combien de fois je me suis dit « Aller encore juste un jour à Pékin ! » ? Combien de fois je me suis dis qu’ils avaient les meilleurs pâtes maison ? Combien de fois je me suis assise à l’admirer ? Il n’y a qu’en Chine que l’on trouve le plus long mur au monde, un parc si lunaire qu’Avatar s’en est inspiré, ou que l’on mange dans la rue des plats succulents pour trois fois rien sans être malade. Elle est magnifique la Chine, ses villes sont hypnotisantes et tellement différentes les unes des autres.

Elle est unique la Chine. Et si on allait l’ouvrir ? Hong Kong montre le chemin, Hong Kong se rebelle. Pourvu qu’ils gagnent, pourvu qu’ils gagnent sans plus de sang versé. Pourvu que la Chine s’ouvre au monde et qu’elle nous dévoile tout ce qu’elle a à offrir. Pourvu qu’elle s’ouvre et qu’ils s’ouvrent. Pourvu que l’on se comprenne. Pourvu qu’un jour,

on puisse refaire des câlins aux pandas* !

Itinéraire sur un 34 jours : Pékin > Datong > Pingyao > Xi’an > Chengdu > Huanglong National Park > Chengdu > Zhangjiajie National Park (parc Avatar) > Guilin > Yangshuo > Hong Kong

*NB : depuis 2018, il est interdit de faire des câlins aux pandas… :/ Avant ça couté quand même 200euros.

 

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