AMY #6 – Les trans Avec Mes Yeux

#OuiC’estUnPavéEtAlors?J’aiEuLeTempsDansTousCesTrains !

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Le Transibérien. Le train qui relie Moscou à Vladivostok. Le train qui relie la Russie Européenne à la Russie Asiatique et inversement. Le train qui relie deux continents. Plus de 9 000km. Progressivement. Tranquillement. A 75km/h…

En quittant Paris, il y a maintenant plus d’un an, je pensais que Moscou serait la dernière destination de ce grand voyage. Le Transibérien devait être la fin de mon tour du monde. Mais je suis repassée par la case maison. C’est là que j’ai décidé que compte tenu des saisons, il valait mieux commencer par ce qui aurait pu être la fin et reprendre la route vers l’est cette fois, direction l’Asie. Un nouveau continent, une culture complètement inconnue. La Russie Européenne, je la connaîs déjà, je connais Saint-Pétersbourg tout du moins où j’y ai passé près de deux mois, il y a six ans. Mais la Russie Asiatique, l’Asie dans son ensemble, est une contrée nouvelle pour mes yeux et ma curiosité.

9 ans plus tôt, j’atterrissais de l’autre côté de l’Atlantique et commençais mon aventure américaine. Cette fois-ci, je prends la direction opposée, direction son ennemi de toujours. J’aurais bien commencé mon aventure en train depuis Paris, mais un Paris > Moscou est deux fois moins cher en avion… Alors, j’ai repris l’avion, malgré cette conscience écologique qui commence à peser sur mes désirs de voyage. Je n’en suis pas fière d’en avoir conscience et de le faire quand même. J’espère seulement secrètement qu’on l’a déjà mis au monde celui qui nous permettra de voler d’un continent à l’autre avec une emprunte carbone proche de zéro. Ou de se téléporter, ce serait encore mieux ! #JeRetourneMeCoucher

J’ai passé les premiers quatre jours dans la ville de la place rouge (sans Nathalie), c’est suffisant pour en faire le tour. C’est une ville moderne, active et chargée d’histoire. Je préfère mille fois plus Saint-Pétersbourg cependant, plus surprenante, plus jolie, pleines de musées plus intéressants les uns que les autres et à chaque coin de rue des monuments colorés, souvenirs d’un empire tombé. C’est la ville de Vladimir, il l’a retapé entièrement. Elle est magnifique. Moscou aussi. La Russie que je rencontre aujourd’hui m’a parut… différente, plus moderne peut être. J’entends partout parler espagnol. Une langue qui n’existait pas ici il y a six ans. Ce changement est-il seulement dû aux villes, bien distinctes ? Ou le pays attire-t-il de nouveaux touristes ? Difficile à dire sans retourner dans la ville du Nord. Ce sera pour une prochaine fois, en hiver je me suis promis. La locomotive chante. J’ai un peu la boule au ventre quand même. C’est un rêve qui danse dans ma tête depuis longtemps, mais je me suis connue plus sereine à ce moment précis. Il est 23 h 30, dans l’une des nombreuses gares de la capitale et je prends la direction de Kazan dans la région du Tatarstan. 

Moscou > Kazan

14h plus tard, j’y étais. J’ai profité de mon temps dans le train pour dormir. J’avais pris un billet en 3ème classe pour 25euros avec couchettes. C’était bien et propre, les draps sont fournis. On doit être une soixantaine par wagon. Si vous recherchez de l’intimité, passez en seconde classe. Ce sont des compartiments de quatre. Vous n’êtes cependant pas à l’abri de tomber avec trois anciens du KGB, le regard rempli de Vodka… Je me suis retrouvée entourée d’une famille : la grand-mère, la mère et la fille. Je leur ai expliqué avec mon peu de souvenirs de russe que je ne parlais pas russe, mais que j’avais un traducteur si besoin (merci Google). La petite a passé son temps à me fixer, les questions lui brûlaient les lèvres. Mais elle restait là avec un grand sourire aux lèvres, silencieuse. En descendant, elle a fini par me demander mon prénom, en anglais. J’ai vu dans ses yeux qu’elle n’était pas sûre de ma réponse, mais me lançait quand même que c’était très beau, puis tournait les talons dans un grand « Byyyyye ». #adorable. 

Kazan n’est pas officiellement sur le tracé du Transibérien, mais beaucoup de touristes s’y rendent quand même. C’est une ville calme et mignonne, avec une artère piétonne agréable et un Kremlin très bien retapé. ‘Kremlin’ fait en fait référence aux anciens châteaux forts, construits avant le XVIIIeme. Beaucoup sont encore debout, mais le plus connu reste celui de Moscou. Pour être honnête, celui de Kazan n’a rien à lui envier : il est parfaitement entretenu, abrite une église, mais surtout une mosquée. Un chef d’œuvre blanc couronné de bleu. Je crois que c’est l’un des plus beaux lieux dans lesquels je suis entrée. La nuit, on se croirait dans un conte des milles et unes nuits. Elle rayonne, bleue, dominant le fleuve. Rien que pour elle, ça vaut le coup de sortir ‘un petit peu’ du tracé mythique. 

Ce que j’ai le plus apprécié de cette région, c’est la paix entre les différentes religions. Le Tatarstan a connu la domination Chrétienne et Arabe mais aujourd’hui, ces religions cohabitent. Dans les années 90 a commencé la construction du ‘Temple of all Religions’, à une dizaine de km de la ville. Si l’extérieur semble presque terminé, l’intérieur est encore loin d’être fini. On y entre par une porte et on passe d’une synagogue, à une mosquée, en passant par une église ou devant une statue de Bouddha. Les lieux sacrés de toutes les Religions séparés par un couloir ? Mon côté ‘nana méga émotionnelle, coupée d’optimisme’ reprend le dessus : un vrai symbole de paix ! Ça devrait exister dans tous les pays un lieu pareil ! Juste pour le principe. Même sous forme de musée ! #JeRetourneMeCoucher

Il n’y a pas grand chose d’autre à voir dans cette ville à part quelques églises. Rester 36h suffit amplement. Je reprends donc le train avec mon acolyte Danois (Cf. article : R1 : Yo !) vers l’Oural. Il est 20 h 00.

Kazan > Yekaterinbourg

13h de train cette fois-ci. Le décalage horaire se fait ressentir. 2h de perdues encore. Le train était beaucoup moins agréable que le premier. En Russie, le standing du train est indiqué par son numéro. Plus le numéro est petit, plus vous êtes veinard. Et là on dépassait les 300… C’était la vraie image de la 3ème classe cette fois-ci. Un vieux train de l’union soviétique, voilà dans quoi j’avais l’impression d’être. Pas de clim’ non plus et il a fait très chaud cette nuit là. A 60 dans un train, ce n’est pas très étonnant… En plus, pas de bol, je me retrouvais dans la couchette du dessus, même pas la place pour se tenir assise ! Bon c’est qu’une nuit, tout va bien se passer 🙂

Je me trouve en compagnie de babouchkas (=grands-mères) très curieuses, Nadia et Ivana. Elles, elles n’ont pas compris que j’avais un traducteur (ou peut être que les touches étaient trop petites), du coup j’ai dû puiser dans ma mémoire pour comprendre et répondre à leurs questions. Nadia a pourtant essayé de rassembler les mots d’anglais qu’elle connaissait. Elle avait beau répéter les mots avec beaucoup de conviction et les yeux pleins d’espoirs, il valait mieux se contenter de deviner son russe… Ivana était plus douce, elle a vite compris qu’il fallait laisser de côté les déclinaisons et la forme conjuguée des verbes et c’était tout de suite plus clair pour moi. L’espoir est revenu en moi, je n’ai pas TOUT perdu ! #JeSuisUnPetitPeuFiereACeMomentLà. 

Une fois les questions : « Qu’est-ce que tu fais ici toute seule ? Tu travailles ? Et tes parents ? Et ton copain ? » passées, elles ne me regardaient pas comme un extra-terrestre comme d’autres personnes auparavant, mais elles étaient plutôt admiratives je crois. Elles répétaient « Très bien Emi, super ». Je crois au fond qu’elles m’enviaient un peu. Mais c’était inconcevable en pleine Union Soviétique ni même d’en rêver. Les Russes sont froids aux premiers abords et secs, mais au fond, quand vous leur donnez leur chance, ils se révèlent des gens très sympathiques, curieux même et aiment partager alcool et gâteaux avec vous (pour ne pas dire qu’ils vous gavent...). Ils ressemblent beaucoup aux Français en somme. J’étais bien contente qu’elles se donnent autant de mal pour me faire parler, ça me changé un peu les idées dans cette chaleur confinée. Je ne peux pas dire que je me sentais dans mon élément à ce moment-là. Malgré le peu de sommeil, ce sera passé vite. J’aurais à peine vue le paysage. Tho m’attend sur le quai. On y rejoint une amie à lui, une Hollandaise, Juliette, avec un nom de famille bien français également. On part explorer la ville sanglante qui a vu mourir la dynastie des derniers Tsars de Russie.

Yekaterinbourg est connue des Européens pour cette raison essentiellement. Les Roumanov y ont été assassinés dans une cave par les Bolcheviks en 1917. Tous, même Anastasia. Aujourd’hui, c’est une église magnifique qui a remplacé la cave en leur honneur. Ils ont même été canonisés, le Tsar, sa femme, le petit Alexis, futur Tsar et ses trois grandes sœurs. L’intérieur leur est dédié avec des fresques peintes sur les mûrs blancs représentant différents moments de leur vie. C’est difficile pour moi à imaginer. OK le mur de Berlin est tombé il y a 30 ans, ça représente une génération. C’était il y a presque longtemps. Mais la majorité des habitants de ce pays, ils ont grandi sous le communisme. Ils ont grandi avec lui. Peut-être que beaucoup d’entre eux y ont cru en ce communisme. Et même si cette génération l’a renversé, pourquoi une telle dévotion aujourd’hui pour cette grandeur impériale et pour cette famille destituée avec les privilèges ? Pourquoi ne tournent-ils pas la page de l’Empire en même temps que celle de l’Union Soviétique ? Pourquoi toutes les babouchkas portent une croix quand on sait que la religion était interdite sous l’URSS et la majorité des églises détruites ? Les Russes ont-ils joué un jeu tout ce temps ? Ont-ils faits semblant d’appartenir au communisme, tout comme beaucoup d’Allemands, à l’époque nazie, avaient leur carte du parti sous peine de risquer leur vie ? Il est assez difficile de savoir ce que pensent les russes à ce propos et la barrière de la langue n’aide pas. C’est le moment où je me dis : il faut que je me fasse des potes Russes ! #JeRetourneMeCoucher #J’aiBesoinDeVodka

Yekatrinbourg est une ville très moderne pour être paumée en pleine Sibérie. Elle accueille beaucoup de grand building en verre. L’économie doit y être prospère. Ils ont magnifiquement aménagé le cœur historique et le long des berges. C’est très agréable. Les habitants tracent tous les étés une ligne rouge longue de 5,5km qui relient les principaux centres d’intérêts de la ville. La neige l’efface cependant tous les hivers. Il faisait beau. J’ai un beau souvenir de cette ville, je n’y suis portant rester que quelques heures. Même pas une nuit. Je remonte dans un nouveau train, seule, pour 53h de voyage…

Yekaterinbourg > Irkoutsk

Non-stop. 53h non-stop dans un train. J’avais un espoir. Et bien non, dommage ! Aucun Européen. Aucun Américain non plus. À cette époque, je pensais croiser beaucoup de voyageurs, mais qui fait le Transibérien ? Pas grand monde. Si des familles russes en vacances et qui vont rendre visite à la famille. Ils se demandent bien ce que l’on fait là d’ailleurs ! Prendre le train pour voyager en Russie seulement pour admirer le paysage pendant des jours…  C’est vrai que vu comme ça, ça ne donne pas très envie… Un peu plus de deux jours de silence. De lecture. D’écriture. De regards perdus entre les arbres. Il y a un aspect de ce voyage qui m’aura au moins rassuré : on n’a pas encore déraciné tous les arbres de la planète. La Sibérie est encore pleine de ces vastes étendues boisées, marécageuses, inhabitées, plates. Du vert à perte de vue, de feuilles ou d’herbes. Une alternance de troncs aux écorces blanches ou marrons. Un troupeau de vache au milieu de nul part. On devine au loin les maisons aux toits colorés, de temps en temps. Certaines sont en bois, d’autres en taules. Frêles. D’autres plus récentes, en brique ou en parpaings. En montant dans le Transsibérien, on traverse de grandes villes industrielles, mais on passe également à côté de villages, perdus. 

Il n’y a pas de dépaysement réel dans la première moitié du Transibérien. Pas de waaaah à chaque tournant. Ce sont des km de forêts aux petits arbres. Elles ne sont pas denses. Il y a aussi des plaines, mais pas comme celles de la Mongolie non plus. Parfois on passe une rivière, on s’approche d’un lac. Il y a ces collines qui apparaissent après Novossibirsk, les maisons y sont alors accrochées, mais elles ne sont pas toutes bleues. On aperçoit de gentils précipices le long des railles, rien de très impressionnant… Mon Dieu que je sonne blasée ! Les hauts plateaux Boliviens me manquent soudainement. Quand on s’attend à rien, on n’est jamais déçu. Mais ce voyage en train, j’en ai beaucoup rêvé avec un goût de liberté et plein de magie dans les yeux. La magnifique forêt sibérienne n’est juste pas aussi surprenante que je l’avais imaginé. Je sais que le plus beau reste à venir, mais mon impatience n’est jamais loin. 

Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée dans ce train. J’ai passé deux jours en pyjama, à vivre au rythme du soleil, ce qui est génial 🙂 En vrai, après mes nombreux mois en dortoir, sur un canapé ou dans une voiture avec une intimité proche de 0, je me sentais presque dans mon élément. J’avais un train numéroté 70, presque le grand luxe comparé au précédent ; le compartiment avait un revêtement imitation bois : un petit peu de déco et hop, on se sent tout de suite mieux ! Une couchette en bas (YES!) ; au moins 5cm de plus entre le lit et la table au milieu pour ne pas se cogner la tête en pleine nuit, des toilettes plus accueillants et vraiment nettoyés régulièrement. J’avais une poche remplie de bouffe (que je savais d’avance que je ne mangerai pas en entière), mon ordinateur avec une note dès que je l’ouvre « Mettre à jour ALY » et un bouquin énorme ‘La vérité sur l’affaire Harry Quebert’ que je recommande plus que vivement. Voilà comment j’ai occupé 53h de train. En vrai le seul pas content, c’est mon app’ Health : je passe d’une moyenne de 15km de marche par jour à 200m :p … Je sortais quand même me dégourdir les jambes à chaque arrêt.

Mais j’avais pourtant imaginé ce voyage à rire aux éclats avec d’autres Européens, recréer une auberge de jeunesse dans ce wagon. Mais non, je serai restée silencieuse à regarder les voyageurs défiler. Certains restés quelques heures, d’autres montés avant moi. Je les regardais manger leurs cornichons, leur purée Mousline, ou leurs yeux perdus dans le vague. J’écoutais leurs conversations, choper de plus en plus de mots et arriver même à suivre parfois. C’est fou ce que l’on peut comprendre avec les expressions du visage. Je comprenais quand le sujet politique était sur la table. Mais je ne répondais pas. Je me suis même demandé si ma curiosité des gens et de leur vie ne s’était pas soudain évanouie. Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais quelque part sans comprendre grand chose. Cette fois-ci, je n’essayais pas d’intervenir ou de les connaître… Et ça embêtait sérieusement une partie de moi. Et si les gens ne m’intéressaient plus ? ALY n’aurait plus lieu d’exister, le voyage non plus. Car au fond, « ce sont ces rencontres qui font la beauté de mon voyage ». C’est dans le silence qu’on se rend compte à quel point on s’en pose des questions, certaines pertinentes, certaines justes sans intérêt et intempestives. Je n’avais pas besoin de monter dans un train pour le savoir mais bizarrement cette fois-ci, mon esprit n’était pas aussi embrouillé de questions que je l’aurais cru. Les questions passaient sans s’arrêter. Mon esprit était calme, serein. Une envie de lire et d’écrire que je me connaissais peu. Ça fait du bien en fait. Peut-être qu’une retraite silencieuse de dix jours ne serait pas tant un calvaire que ça pour moi… Passées les premières heures à éclater d’un rire anxieux (et à me demander pour la millième fois ce qui m’est passé par la tête de faire un truc pareil), ce serait peut-être intéressant au final comme expérience…

Bref, j’ai passé deux jours non stop dans le Transsibérien. Pas de cuisine, pas de douche, pas d’internet, les jambes ankylosées, un vert feuille pour seul paysage et des inconnus qui ne me parlent pas et ne se laissent aucune intimité. En vrai, c’était cool. Différent de ce que j’imaginais.

Irkutsk. Le lac Baïkal est tout proche. 5:20a.m. On arrive dans 1h… et les babouchkas sont déjà sur le pont, valise à la main, manteau sur le dos. Evidemment le silence n’est pas maître. Et moi je n’ai pas réussi à fermer l’œil avant 2 h 00. C’est le décalage horaire. C’est normal, j’arrive à ma 6ème heure en une semaine. Je n’étais donc franchement pas la personne la plus aimable de la planète en cet instant. Mais en même temps il reste une heure !!!! Me voilà donc de mauvaise humeur, assise sur la banquette à attendre. Tout ce que j’aime ! Et en plus il ne fait pas beau. 

Direction l’auberge et la douche (la bénédiction de la journée) et je pars pour le free walking tour. Je rencontre un Français, un aventurier, Hugues qui vient de finir un périple de plusieurs semaines en solitaire, sur un kayak, tout seul. Juste ça. C’est son premier voyage dans le style. Il espère en faire d’autres. Dans ma tête, ça me paraît inconcevable de faire ça. Tout seul. Mouillé… Pas besoin de chercher d’autres adjectifs ou d’imaginer quoique ce soit d’autre, je ne pense pas faire ça un jour. Vous voyez, je suis soft niveau courage/aventure. La pluie tombe. Des trombes d’eau. Décidément, ce n’est pas ma journée. 

Dennis, l’Allemand rencontré à Moscou (Cf. article R2 : C’est moi Simba, c’est moi le Roi) me demande des conseils sur Irkoutsk. Je lui explique mes plans d’aller sur l’île d’Olkhon, l’île des chamans, dès le lendemain. Il s’invite alors c’est une soirée réservation/organisation, une soirée qui me rappelle que mon premier métier me manque quand même beaucoup. Elle se termine dans un resto de spécilités russes et un bar, un vrai bar à cocktail. #I’mAddictedToNegronis

Au retour de nos deux jours sur l’île, j’ai pu découvrir Irkutsk sous le soleil. C’est une mignonne petite ville. On en fait vite le tour. Elle est cependant un point d’ancrage parfait pour visiter la région du lac. Il y a le choix des rando aussi, mais partez plusieurs jours… Je serais bien restée plus longtemps dans la région au final et profiter pleinement du lac. Ici, si vous demandez aux gens s’ils se sentent plus Asiatiques ou Européens, ils vous répondent : ‘Sibériens’. L’Asie est là cependant, visible sur certains visages. Avec le train, on passe d’un continent à l’autre sans s’en rendre compte.

Je quitte Dennis, un au revoir facile, on se revoit dans deux jours : on sera dans le même wagon. Je pars pour Ulan-Ude. Il est 14 h 30, un nouveau train, pour 8h seulement.

Irkutsk > Ulan-Ude

Et c’est là que je l’ai rencontré, enfin : la Sibérie que j’espérais. Celle couverte d’arbres immenses, qui zigzag le long du lac, qui rayonne de soleil, paisible. Elle m’a offert un paysage magnifique, un coucher de soleil plongeant dans l’horizon du lac, un rouge sanglant enlaçant un bleu violet, des petits bateaux de pêcheurs solitaires qui s’affairent. C’est beau. Personne ne profite vraiment de cette beauté dans mon wagon. Je suis assise sur un rebord de fenêtre et la seule chose à laquelle je pense à cet instant, c’est que je suis seule. Seule une fois de plus, personne avec qui regarder cette merveille en silence, en souriant. Elle m’agace cette solitude, mais elle est tellement addictive à la fois. Inventez-moi cette P***** de machine de téléportation ! Une fois le soleil couché, je me remets à écrire.

Trouver l’auberge en pleine nuit n’a pas été la partie la plus simple. Mais j’ai fini par y arriver. Il est 23h, je suis claquée. Deux nuits et l’Asie sera vraiment là… Et bien non, dès le lendemain, en me baladant en ville, c’est avec grand étonnement que j’ai découvert que les Russes ici ne ressemblent pas aux Russes rencontrés jusqu’à présent. Ils sont typés… asiatiques. En gros, je me retrouve en face de chinois qui parlent russes, et c’est très bizarre au début… Géographiquement, c’est Yekaterinbourg la ville frontière entre les deux continents, moi je vote pour un changement : c’est le lac Baïkal. La différence est flagrante. Je suis en Asie. Un nouveau continent sur ma liste.

Ulan-Ude c’est mignon si vous ne vous écartez pas de l’artère principale, sinon c’est… défoncé. À se demander comment les maisons tiennent encore debout. Il n’y a pas grand-chose à voir, juste la grosse tête de Lénine et quelques temples bouddhistes. En parlant des temples, renseignez-vous un peu avant d’y aller, il y a quand même quelques rituels à connaître qui vous feront sentir moins stupide que je l’ai été… Je n’avais jamais mis les pieds dans un temple, je n’avais aucune idée de ce qu’était le bouddhisme de près ou de loin en même temps. Mon introduction a donc été laborieuse et pas très intéressante au final. Mais on a une jolie vue de la ville et c’est calme autour des temples, toujours. J’ai passé la soirée avec Tho. contente de le retrouver quelques jours plus tard. Demain, il prendra le bus et non le train pour la Mongolie. Un au revoir de plus.

Transmongolien : Ulan-Ude > Ulaan-Bator

Le transsibérien continue vers Vladivostok, l’extrême est russe. Ce sera sans moi pour cette fois. Je prends le train vers la Mongolie. On appelle ce trajet le transmongolien. Contrairement à son homologue russe, ce train a quand même été créé pour les voyageurs, il est d’ailleurs beaucoup plus cher ! En même temps, qui traverse la Mongolie ? Les Chinois ne vont pas en Russie, soit parce qu’ils n’ont pas de passeport ou  il prennent l’avion. Idem pour les Russes pour la deuxième option. Et les Mongols ne voyagent pas, enfin très peu… Ils sont que trois millions de toute façon. Du coup, ils restent plus que nous !

15 h 45, il fait chaud. Les bières ont du mal à rester fraîches. Il va falloir les boire vite… Je ne m’inquiète pas trop pour ça, mon acolyte Allemand a déjà pointé le bout de son nez dans la cabine. La troisième classe n’existe pas pour ce voyage, je suis donc en deuxième, compartiment de quatre, mais on n’est que deux. On est loin des trains soviétiques, ces trains sont nickels et super propres. Tout neuf. L’hôtesse nettoie même le tapis de l’allée… Il n’y a que des Européens dans le wagon. Ma roomate pour la nuit est hollandaise, elle ne parle pas beaucoup et comme beaucoup de jeunes hollandais, elle est légère arrogante et très peu intéressée par les autres. Ou peut-être très peu par moi en fait. J’ai du mal à la faire parler. Bref après avoir essayé d’être polie, je change de compartiment pour celui des bières. C’est cool de partager et de discuter dans un train, ça change le voyage. Ça passe plus vite.

On arrive rapidement dans les pleines Mongoles. On a le droit à un coucher de soleil timide comparé à celui sur le lac. Mais c’est beau quand même. C’est bon aussi de le partager. On est là debout dans l’allée. On ne sait pas trop à quoi s’attendre. On a nos images de la Mongolie dans la tête. Sont-elles vraies ? Ou la surprise du lac va-t-elle se réitérer ? On est impatient.

La frontière russe arrive. On donne tous nos passeports (je ne suis pas à l’aise à l’idée de m’en séparer quand même) et attendons une petite heure sagement dans le train. Et puis les passeports sont de retour. Et c’est au tour du passage mongol. Dennis n’a pas besoin de visa en tant qu’Allemand. C’est plutôt cool ça et économique aussi. Là, on attend plus longtemps. Les visages des douaniers sont bien différents. La langue aussi. Je ne comprends vraiment plus rien. Un cheval aura essayé de rentrer dans le wagon aussi. Bref on est bien arrivé en Mongolie. On part se coucher sans vraiment trouver le sommeil. On est impatient de voir le lever du soleil… Il aura été à la hauteur de nos attentes, doux et accueillant en prime. Je regarde ces yourtes en me demandant ce que je fais là, ce qu’elles font là perdue au milieu de nulle part. Est-ce que moi aussi j’ai envie d’être paumée au milieu de nulle part pour les prochaines semaines ? J’arrive dans ce pays sans la moindre idée du reste du programme, sans rien savoir sur lui. Je dois étendre mon visa pour éviter la Golden Week en Chine la première semaine d’octobre mais c’est tout ce que je sais. Plus d’un mois, paumée au milieu de nul part… Et pourtant j’ai hâte que ce train s’arrête !

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Il finit par s’arrêter. On descend. Le bon truc à savoir (et que je ne savais pas), c’est que votre auberge vient vous chercher sur le quai de la gare gratuitement (c’est génial). Bienvenue dans l’hospitalité mongole, le petit dej’ vous attend même en arrivant ! J’étais loin de savoir que j’allais autant aimer la Mongolie sur ce quai, qu’aujourd’hui je suis pressée de retourner l’explorer, et que ce long mois en ses frontières passerait aussi vite… (Cf. article : AMY #5 : La Mongolie Avec Mes Yeux)

Ulan-Bator > Beijing

37 jours plus tard, me revoilà dans le train. J’aime bien les voyages en train maintenant, le bercement m’avait manqué. J’ai décidé de ne pas prendre le train direct pour Pékin, j’ai fait la version low cost, plus long et plus locale. Un train jusqu’à la frontière puis un bus. Ce sera d’ailleurs le seul bus que je prendrai entre Moscou et Hong Kong, du moins le seul pour ne pas aller visiter quelque chose en dehors du tracé. Ce train ressemble aux trains russes. Bon là je ne cherche pas à faire la conversation, j’ai réussi à retenir seulement deux mots de mongol en un mois :/ … C’est dur de quitter la capitale, c’est dur de quitter la Mongolie.

Le passage à la frontière est long, surtout le côté chinois. En arrivant à Erenhot, la ville frontière chinoise, je me dirige vers le comptoir des bus. J’entends « Beijing, Beijing » derrière moi. Bon apparemment je ne vais pas avoir de mal à me rendre à la capitale, ça ressemble à l’anglais. Du coup moi aussi je réponds « Beijing Beijing » à qui veut bien l’entendre. Une jeune mongole vient vers moi et dans un anglais parfait m’explique qu’une compagnie offre le voyage pour moins cher. Du coup je la suis. Du coup c’est moins cher 🙂 On est ensuite allé dans un resto mongol ensemble et elle m’a expliqué un peu comment les choses allaient se passer en Chine pour moi. Elle s’appelle Sumiya, elle a 22 ans et étudie à Pékin International Business. Elle est belle cette Mongole, toute douce, légèrement rebelle. Elle aime bien Pékin, elle parle de son pays aussi.

Le bus part, un bus couchette, mon premier et mon seul jusqu’à présent. C’était sympa aussi. Mais mieux vaut ne pas être trop grand non plus… L’arrivée sur Pékin est à 3h du mat’. On nous laisse dormir jusqu’à 5h, jusqu’à ce que le métro ouvre. Mon aventure chinoise commence à cet instant. Elle sera intense. Je le sais déjà, mais je ne pensais pas autant… Et j’ai tellement aimé voyager en train que j’ai fait Pékin > Hong Kong sur les rails en un peu moins d’un mois. Mon transchina en quelque sorte.

Bref j’ai fait les trans. Quelqu’un a dit : « Les voyages en train finissent mal en général« . Mais dans la vraie vie ce n’est pas le cas. C’est tellement moins stressant que la peur de louper l’avion, moins d’attente, plus de liberté, moins cher (du moins dans ce coin du monde : ceci est un message pour la SNCF), plus confortable au final et tellement plus agréable avec un paysage changeant et pas toujours bleu et blanc. Je ne peux que recommander ce voyage. Je trouve aussi que, comme moi, quand on ne connait pas l’Asie, c’est un bon moyen de la découvrir progressivement. La Mongolie n’a certainement rien à voir avec le Vietnam… La prochaine fois je ne le ferai pas seule. Mais je suis pressée de retourner en Mongolie, en Chine et de faire la deuxième partie russe. Je m’excuse pour la longueur de ce pavé, mais je voulais partager avec vous,

un rêve.

 

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