R2 : C’est moi Simba, c’est moi le Roi

« Quand je pars en voyage, je mets la chanson de Disney de Frères des Ours ‘Tell everybody I’m on my way’. Tu connais ? » Si je connais ? Et si je vous dis que je fais exactement la même chose, vous me croyez ? Et la longue liste de « moi aussi » a commencé…

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Dennis, 27 ans, Allemand, il bosse dans l’Audit à Cologne. C’est un fan de musique et un musicien à ses temps perdus. Son père est Allemand, sa mère est Australienne-Américaine. Il est en vacances pour six semaines. Il va rejoindre des amis en Chine, mais il a décidé d’y aller tranquillement et de faire le combo transsibérien/transmongolien. C’est son premier voyage solo. On s’est rencontré dans l’auberge à Moscou. On a échangé quelques mots et partagé les comptes Instagram puisqu’on allait prendre le même train d’Oulan-Oude à Oulan-Bator une dizaine de jours plus tard. Du moins, c’était mon excuse.

Il y a quelque chose dans cette attitude, sans chaussures dehors, le bas du jean retroussé, assis sur le dossier plutôt que l’assise, un pied tatoué, à profiter du soleil. Il m’interpelle, il m’intrigue ce mec en fait. Il y a quelque chose ce soir-là dans ces deux billes vertes, expressives. Il y a cette confiance en soi, une certaine détermination presque fébrile, une indépendance, mais il y a aussi beaucoup de questions. Il y a de l’émotion qu’on voit peu dans les yeux des hommes. Il y a une douceur dans cette voix grave et chaude, de la curiosité à en revendre et un humour qui fait écho au mien. On s’est retrouvé plus tôt que prévu, à Irkutsk et on a décidé d’aller passer quelques jours sur l’île d’Olkon.

À s’émerveiller du lac Baikal et de cette Sibérie que nous avions imaginée autrement, on a découvert que nous n’avions pas seulement le même âge, mais seulement quatre petites heures d’écart. Quatre petites heures, et pourtant un jour calendaire et un signe du zodiaque de différence. Un jeune Simba et un sage Sébastien. C’est vrai que le sien est plus sexy quand même. Ça fait beaucoup sur le papier et pourtant, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un avec qui je partage de vraies similitudes. Je ne me cache pas avec lui. Je me tais plus, et l’observe beaucoup. Il ne sautille pas quand il marche, guidé par son émerveillement contagieux, il glisse comme sur un skate. Il a cette manière de s’exprimer en anglais, d’utiliser ces mots que j’aurais également choisis. Il cherche à le perfectionner sans relâche. Lui aussi il voudrait détacher ses cheveux qui ne poussent pas assez vite, les mettre en pagaille, mais papa et maman disent qu’on n’a pas l’air coiffé. Pour lui non plus : ‘Tu veux du chocolat ?’ n’est pas une question à poser. Il a un estomac bavard qui répondait au mien dans les moments de silence. Il déteste les manèges à sensations (encore un ‘aussi’) alors dans les parcs, il regarde ses amis s’amuser en bas en tenant les bières et les manteaux. Ça ne le dérange pas non plus. Il n’a pas la peur de tomber lui, mais le vertige. Monter un mur d’escalade ne lui poserait aucun problème, s’il n’y avait pas la descente derrière. À moi non plus. Il parle de ses peurs presque sans difficulté, il les connaît, les assume. L’espace en fait partie. Il me parle de ses livres que je ne lirai certainement jamais, presque à m’en convaincre, ou de l’absence de fratrie dans sa vie. Il a cette même manière de regarder les enfants, le cœur fondant, l’envie déjà là en fait.

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Il a cette manière de dire les choses honnêtement sans filtre, je m’entends presque et pour la première fois, je comprends que je devrais peut-être choisir un peu mieux mes mots. Ça ne me choque pas, je l’aime cette franchise moi, mais elle peut être dure parfois à recevoir. Il aime courir, se poser sur une plage en silence, ne pas changer la lumière sur certaines photos, car elles n’existent que pour se rappeler du moment. Il est un petit peu trop organisé et s’en excuse : ‘Désolé je suis Allemand’. Les deux organisés que nous sommes aurons quand même trouvé le moyen de louper notre bus aller pour l’île, celui du retour aussi et d’arriver avec une heure de retard au resto… On n’a pas une bonne influence l’un sur l’autre, ou peut être que si justement.

Un matin, au petit dej’, il me rejoint dans la cuisine, les yeux embués, l’envie d’aller se recoucher peinte sur le visage, les épaules hautes et les mains dans les manches du pull. J’ai entendu ma mère dans ma tête : ‘Enlève tes mains, tu vas étirer ton pull’. Je l’ai regardé comme si je me voyais, sans miroir entre les deux. On ne se ressemble pas physiquement, mais c’est bizarre comme sensation. C’est bizarre, car parfois je me dis que c’est ma tête qui ne veut voir que ce qu’elle veut. Et pourtant, ce sentiment il est là. Il me ressemble beaucoup quand même. À la fin, j’aurais pu arrêter de poser mes questions, je connaissais déjà les réponses. J’ai beaucoup repensé au film Avatar et à la chanson « I see you ». En fait, il me rappelle Jack dans son avatar. Est-ce que c’est moi ou est-ce possible qu’on se ressemble au point de me troubler ? Est-ce que je ne n’ai pas simplement envie de lui ressembler ? Car je ne parle que de petits détails, des choses que l’on ne voit pas au premier coup d’œil, que d’autres diraient insignifiants, mais moi, je les vois. Mais l’a-t-il seulement remarqué ? Assis sur une banquette de train, après avoir passé la frontière mongole, j’ai essayé de le lui dire, que ce n’était pas une ressemblance physique, mais que j’avais arrêté de compter le nombre de fois où je m’étais dit « moi aussi » ou qu’il m’était arrivé plus d’une fois d’être surprise que l’on pense pareil. Sur certaines choses oui, il partage ce sentiment.

Voyager avec lui semblait naturel comme si on s’était toujours connu. Je remange des omelettes, ré-écoute du Disney sans m’en rendre compte. Lui non plus, il n’a pas l’impression qu’on se connaît depuis moins d’une semaine. En voyage, c’est vrai que tout est toujours plus intense, qu’on vit rarement cinq jours presque non stop avec quelqu’un dans la vraie vie. C’est peut être juste ça en fait. C’est peut-être seulement un coup de cœur pareil à celui avec Karla à Rio (Cf. article : Mi gemela se llama Rio). Une connexion forte à en rire, à s’en souvenir, à s’en taire songeur, à regretter qu’elle ne dure pas plus longtemps. Ou peut-être que ces quatre petites heures qui nous séparent ont une vraie signification. Je ne suis pas du genre à y croire, mais c’est envisageable après tout. Si on avait eu les mêmes parents et qu’on était des jumeaux, le sentiment serait-il le même ? Et si je rencontrais quelqu’un d’autre naît le même jour que moi, là aussi je ressentirais la même chose ? Est-ce qu’on se ressemble vraiment ? Est-ce que j’ai tort ? Un peu d’histoire à la Disney, ça fait du bien aussi non ?

On est parti chacun de notre côté découvrir la Mongolie, lui pour cinq jours, moi pour un mois. On s’est dit au revoir deux fois, à Irkutsk en sachant qu’on se reverrait et à Oulan-Bator, en espérant un jour faire croiser nos chemins de nouveau. La deuxième fois, il sifflait cette chanson de Disney, sans même s’en rendre compte en descendant les escaliers de l’auberge, sautillant. Il est toujours en train de siffler. Au cours du voyage, je lui ai appris l’expression jamais deux sans trois, je ne me souviens plus dans quel contexte. Et devinez qui j’ai trouvé deux jours plus tard en plein milieu de la Mongolie parmi les chèvres,

à se prendre pour Le Prince d’Egypte ?

 

Aller juste pour le plaisir : Je voudrais déjà être Roi

 

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