MG1 : Good Tourists

Je ne suis pas du genre à faire des tours organisés, je suis plutôt même à les éviter. Souvent très chers pour ce que l’on voit, je préfère organiser mon truc, parfois à tord #DéformationProfessionnelle. Et puis après avoir vécu au grès du vent dans une voiture pendant cinq mois, c’est d’autant plus dur de planifier à l’avance et de se contenter d’un programme. Mais là, la Mongolie, ce n’est quand même pas évident de se déplacer et pour le coup avec les tours on voit du pays, donc j’ai craqué. Et je ne regrette vraiment pas ! Je suis partie avec l’agence de mon auberge, Top Tour, pour douze jours : deux régions et à peu près 2000km. Pour moi, les longues journées de routes cabossées font aussi parties du tour. La Mongolie c’est une succession d’immensités toutes différentes : jaunes, vertes, rouges sous un immense ciel bleu. Par contre, c’est très simple de s’y paumer au vu de l’infrastructure routière inexistante, donc il vous faut un bon chauffeur.

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Poutché, 51 ans, Mongol a grandi dans le Gobi. Il a d’abord été chauffeur dans la région, puis il a conduit les bus qui reliaient la reliait avec la capitale, avant de finir chauffeur pour Top Tour. C’est un vrai GPS. Parfois, il n’y avait pas de route (ça c’était très souvent), et pas de chemin non plus, mais il savait exactement où il allait. Il connaît la Mongolie par cœur pour l’avoir sillonnée pendant plus de 18 ans avec l’agence. C’est aussi un excellent mécano. Il connaît tout le monde, surtout dans le Gobi. Alors, quand on ne voulait pas dormir en tente (il faut dire qu’on n’a pas eu une super météo tout le temps), il nous trouvait des yourtes (=ger) chez l’habitant. En Mongolie, il y a une vraie culture de l’hospitalité. S’il y a de la place dans la guer en arrivant, vous pouvez rester dormir ! Ils vous offrent des bonbons, du fromage qu’ils font eux-mêmes sécher sur le toit, du milk tea, du lait fermenté de jument, de la vodka maison… Ils sont bien trop contents d’avoir de la compagnie alors ils se mettent à chanter et passent le bol au prochain ! #OnOublieL’hygieneEnMongolie

Il parle très peu anglais, il baragouine quelques mots alors au début, il n’y avait pas trop d’interactions. Mais notamment grâce à Sarah (Cf. article : MG2 : Francophones), on a fini par avoir de grands fous rires avec quelques gestes, quelques mots et quelques regards. Je pense que c’est l’homme le plus photogénique que j’ai rencontré. Il a un visage très expressif et peut passer d’une émotion à l’autre en un quart de seconde. Il paraît très sérieux, réservé, sage, dans son monde parfois quand il fume sa clope de pétasse, vous savez ces cigarettes fines et longues. Il est malicieux quand il sourit, rit de bon cœur et fort. À la fin, il demandait de plus en plus au guide de traduire ce que nous disions, il devenait plus curieux, il nous aimait bien je crois. Il répétait « Good tourists ! » Alors, on répondait en l’imitant : « Good driver ! ». Il riait aux éclats. Il n’y avait pas que le chauffeur qui était génialissime, le guide aussi.

Oggii, 22 ans, Mongol, a grandi dans un parc national à quelques heures d’Oulan-Bator, la capitale, dans une famille nomade, comme Poutché. La responsable de l’agence nous avait dit : « Je vous ai mis avec le meilleur chauffeur et guide ! Ils ont 18 et 12 ans d’expérience. Mais pour les deux premiers jours, vous serez avec Bimba, 22 ans. Votre guide vous rejoindra plus tard. Bimba a moins d’expérience en tant que guide, mais c’est la femme de votre second guide. Tout se passera bien. » Donc cette jeune demoiselle qui a déjà un petit garçon de deux ans, doit être avec un mec bien plus vieux qu’elle… On n’avait pas de belles images dans la tête. Alors, imaginez notre étonnement quand on a vu ce gamin arrivé… mais on était content pour Bimba ! 🙂

Oggii a commencé à suivre les tours à cheval à l’âge de 10 ans. Il a toujours aimé échanger avec les étrangers, sont anglais est excellent. Il l’a appris majoritairement seul, en écoutant de la musique. Après être devenu guide à cheval et réalisé des études dans l’éco-tourisme, il a décidé de rejoindre Top Tour. Il fait toujours du cheval, mais pas que. C’est un bon cuisinier aussi. Avec quelques aliments, j’ai nommé la carotte, le mouton séché, le poivron, le riz et les pommes de terre, il nous surprenait presque et les repas ne se ressemblaient presque pas… Presque… C’est une Bible cet homme, il a réponse à tout sur son pays qu’il connait déjà comme sa poche. Il nous a beaucoup appris sur la vie nomade, sur leur culture. Il aime transmettre et ça se sent. Alors, moi je lui ai posé un milliard de questions. J’aime les gens passionnés comme lui, trop contents de trouver des curieux. Il nous a expliqué les croyances nomades, le retour de l’homme à la nature, leur volonté de laisser les gens se débrouiller au maximum pour les rendre plus forts, leur hospitalité, leur bonté, l’éducation des enfants… J’aime bien leur manière de penser, elle est puriste en quelque sorte, terre à terre et très orientée nature. La Pachamama du Pérou, la mère Terre, rythme leur vie à eux aussi. Ils bousculent les nomades aussi avec leur style de vie aussi simple. La vie est dure ici, j’apprécie y être pour quelques temps mais je ne pourrais pas y rester. La barrière de la langue, le peu de diversité culinaire, le vent, le peu d’eau, le froid… Je les admire et prend encore plus conscience de la chance d’être né ailleurs qu’ici.

En plus d’être une Bible, il est doué d’une grande sagesse pour son âge. Il pourrait être un chaman s’il le souhaitait, il a été choisi, mais tout ce qui s’approche des religions, ce n’est pas son truc. Alors tous les ans, il doit faire une retraite, seul en haut d’une montagne et expliquer aux ancêtres pourquoi il refuse d’être chaman. S’il ne le fait pas, il nous raconte qu’il se blesse facilement. On y croit ou on n’y croit pas, comme toujours, mais c’est une autre manière de voir les choses encore une fois. Il m’explique qu’il sent l’arbre respirer quand il le touche (ma tentative fut un vrai échec), que je ne devrais pas porter ce caillou autour de mon poignet, les minéraux peuvent influencer les émotions. Ce n’est pas la première fois que j’entends ça… Il ne veut pas être chaman, ne veut pas y prendre part, mais il respecte cette religion comme le Bouddhisme d’ailleurs. J’aime cette ouverture d’esprit de ce côté du monde, ce respect envers les croyances notamment. Enfin ce n’était pas comme ça sous l’ère soviétique non plus, eux aussi ils ont détruit un paquet de temples, comme ils l’ont fait en Russie avec les Eglises Orthodoxes.

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Oggii a un rêve, celui de monter tous les chevaux du monde. Il monte depuis qu’il est gamin, comme beaucoup de Mongols. Ici, on ne donne pas de nom aux chevaux, cela ne veut pas dire qu’on ne les respecte pas. Ils ont un infime respect pour les animaux, les moutons autant que les chevaux. C’est de la nourriture, et on ne joue pas avec la nourriture. On tue d’une certaine manière, pas n’importe comment. On ne leur parle pas non plus : pourquoi parler à un animal qui ne vous répondra pas ? Alors Oggii leur parle en anglais parfois, mais jamais en Mongol. Pour les trois jours à cheval, nous avions un autre guide. Bachka, la vingtaine, non marié, mais pas vraiment motivé à l’être rapidement. Il a la « tête d’un branleur » comme on dit. Il est guide à cheval pour les touristes durant l’été. Il chante, il chante et il rechante sur son cheval. Il chante la nature, la montagne, le soleil, le vent. Il chante bien. C’est lui et Oggii qui contrôlaient les chevaux au final, en chantant ou en sifflant. Nous, on était seulement là pour faire joli dans le décor. Les deux nous observaient attentivement, constamment, guettant le moindre écart des chevaux. On ne risquait rien. Avec Sarah, on se mettait en tête derrière Bachka, pour l’écouter chanter. C’était beau. Ça donnait un côté stéréotypé à la balade, mais tellement plus authentique aussi. Parfois il chantait des chansons « dragueuses » comme disait Oggii. Ça le faisait beaucoup rire. De toute façon quand il ne chantait pas, il passait son temps avec un immense sourire sur le visage. Un gamin. Un cavalier avant même d’être un homme.

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Oggii nous racontait qu’il avait eu du mal avec Poutché les premiers jours, il n’arrivait pas à savoir ce qu’il pensait, il le trouvait trop sérieux. Ça n’a pas duré bien longtemps. Aujourd’hui, c’est une super équipe qui fonctionne très bien. Chacun fait son travail et le fait bien. Grâce à eux, j’ai presque changé ma vision des tours organisés, en tout cas, je repartirais volontiers avec eux sillonner ce beau pays. En regardant le coucher du soleil sur les dunes, Oggii nous a demandé : « C’est comment un coucher de soleil sur la mer ? » Il connaît son pays par cœur, mais ne connaît pas la mer… Alors, on a dégainé nos téléphones et montré nos plus beaux coucher de soleil. Tout ce que je te souhaite donc,

c’est de galoper sur une plage au soleil couchant.

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