F1 : Mymi

Quatre mois. Quatre petits mois à la maison, à Paris. C’est fou ce qui peut se passer en quatre mois. On peut redécouvrir une ville que l’on croit déjà connaître. On peut retrouver des gens et se rendre compte que les liens qui nous unissent, malgré la distance, ne se briseront jamais. On peut rencontrer de nouvelles personnes, encore. On peut trouver du boulot et apprendre les bases d’un nouveau métier.

En rentrant, j’ai décidé de me lancer. Mes trois semaines passées derrière le comptoir du Café Flor à Buenos Aires (Cf article : BA10 : La puerta mágica) n’ont fait qu’attiser ma volonté d’y aller, de devenir barista pour de vrai, d’en apprendre plus sur le café surtout. Alors, en rentrant en France, j’ai posté une annonce sur le groupe Facebook ‘Barista de France’ : « Cherche un emploi pour trois mois sur Paris ». Le soir même Maxime me contactait. Il bosse pour un café Pierre Hermé, un café qui porte le nom du pâtissier mondialement connu. Il recherche un barista. Il m’a demandé si je savais chauffer un lait. J’ai dit oui, en sachant pertinemment que la réponse était « pas vraiment, mais je connais la technique ». Trois semaines plus tard, je débarquais sur le canapé de mon petit frère dans le 11ème. J’étais embauchée au 86 avenue des Champs Elysées. Encore un qui me donne ma chance sans m’avoir rencontré… Je faisais partie d’une petite armée de baristas. Ils m’ont formée clairement. Et j’ai vite appris au vu des centaines de boissons qu’on sortait chaque jour. J’avais besoin de pratiquer, encore et encore, perdre cette peur face de la machine, régler les moulins, jeter ces cappuccinos ratés et ces arte lattes trop moches pour être servis, alors c’était parfait. C’est parmi les odeurs de lait chaud, de café, de madeleines praliné noisette et de mojitos que j’ai rencontré Mymi.

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Myriame, 25 ans, française, étudiante et barista pour la Maison Pierre Hermé. Derrière le bar, à elle aussi, il lui manque le sourire quand elle est concentrée. On aime bosser ensemble, ça avance, en silence. Organisées. Efficaces. Et pourtant, on a des millions de questions à se poser. On se les pose autour d’un verre, plus tard, mais je crois qu’on est très loin d’en avoir fait le tour.

Elle vit chez son père à Chauvigny, mais elle a toujours bossé à côté de ses études le week-end. Elle venait du Mc Café et a trouvé en novembre dernier, l’opportunité de bosser pour un autre Pierre Hermé, celui de Beaupassage, avec Maxime, loin de la fureur des Champs. Elle m’en parlait souvent. Café plus calme, travail plus qualitatif, plus de contact client, un peu plus de responsabilité dans son travail et d’organisation. Une bonne entente également au niveau du staff. Pas de sexisme faussement non-assumé. Après mon mois et demi sur les Champs et le flot incessant de touristes, Myriame démissionnait  pour s’octroyer de belles vacances et je demandais à passer à Beaupassage. Et c’est vrai qu’elle avait raison, après l’industrie, je me retrouvais derrière un bar tranquille avec un Maxime maniaque. Je le taquinais beaucoup sur ce trait de personnalité, mais me garder bien de lui avouer qu’il avait raison de ne rien lâcher avec moi. C’était ce que j’étais venue chercher ici, la rigueur et la qualité.

Mymi et moi on a continué à se voir en dehors. En déambulant à Vincennes, autour du château, elle me racontait qu’après le divorce de ses parents, elle a connu des moments difficiles à en perdre ses amis et arrêter les cours. Mais je ne sais pas trop avec quelle force, elle a mis un stop à sa spirale et remonté la pente toute seule, repris ses études et retrouver une vie sociale et stable. Tout le monde adore Mymi. Elle est forte Mymi. Elle est toute douce Mymi. Elle m’écoutait rêveuse parler de mes voyages et moi, je l’admirais pour sa détermination. Au fond, on se ressemblait beaucoup. On arrivait aux mêmes conclusions, aux mêmes questionnements sans être passé par le même chemin. Mais je n’ai jamais perdu mes amis quand ça n’allait pas moi, je m’en suis seulement éloignée toute seule à un moment et j’ai fui, à l’autre bout du monde pour trouver mes réponses sans trop connaître mes questions. On appelle ça l’adolescence il me semble, voir tout en noir. Je n’ai jamais été seule, j’ai toujours été soutenue. C’est quand même beaucoup plus facile de réussir comme ça.

Les quatre petits mois sont passés bien vite. C’était cool ce break, ces vacances en France. Le soleil était là, même à Paris. Je serai bien restée encore quelques temps derrière la Victoria, à faire des cafés, manger des macarons cassés et regarder l’Aéropress-trophée de Maxime au-dessus du bar, des souvenirs pleins les yeux. Mais je n’ai pas fini ce que j’ai commencé alors, je reprends la route,

accompagnée de tous ces voyageurs que je ne connais pas encore.

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