C4 : J’avais dit que je ne chercherais pas

Retour à Santiago. La boucle est bouclée. Je suis de retour là où l’histoire d’E.T et moi avait commencé et qu’elle devait se finir. J’avais dit que je ne chercherais pas de volontariat dans une auberge. Je m’étais dit : « Ça va me prendre du temps de rechercher  pour juste deux semaines, j’ai assez à penser avec la vente ». Je veux vendre la voiture le plus tôt possible, il faut que je me concentre sur ça et rien d’autre. De toute façon, si je dors aux stations essences comme d’habitude, je ne paierai pas d’hébergement, donc autant ne pas chercher de volontariat. J’ai donc passé une nuit à une station essence au nord de la ville. Et puis le lendemain a été une longue journée, alors j’ai seulement pris une nuit dans une auberge, mais c’était surtout pour la douche. Je suis rentrée au Ventana Sur Hostel en milieu d’après-midi. Et j’y suis restée plus d’une nuit.

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Ivan, Chilien, la cinquantaine, 3 enfants, est propriétaire du Ventana Sur. Mais avant ça, il a tenu une boutique de musique. C’est un Allemand qui lui a proposé l’aventure de l’auberge, car tout étranger désireux d’entreprendre dans ce pays doit s’associer avec un Chilien. C’est lui qui m’ouvre. Il est nonchalant. Il est calme. Il se plaint d’un de ses volontaires (pourquoi à moi ?). Il a cet oeil qui vous analyse en deux secondes et je n’y ai pas manqué. J’ai dû mal à me mélanger aux autres ce soir-là. Vivre à deux pendant plusieurs mois à ses restes : le bruit de l’auberge me fatigue, il y a trop de monde dans la cuisine, alors je ne décolle pas de la chaise dans un coin.

Et puis le mec assis sur le canapé, je le reconnais. Maurice, un Allemand de 22 ans, aménageait son van en même temps que nous, à Suzi (Cf. article : C1 : Elle s’appelait Suzi) en octobre. C’est quand même énorme de se retrouver dans la même auberge, 5 mois plus tard, alors qu’on aurait dû  être sur la route ! Il ne me reconnait pas, mais il reconnaît Travis sur une photo que je lui montre : il lui avait filé un coup de main pour couper une planche. Sa copine, Nicco est là aussi. Enfin son ex. Eux aussi ils se sont séparés pendant le voyage. Eux aussi ils ont décidé de continuer l’aventure malgré tout.

Nicco, elle est réservée, mais ce soir-là, elle s’est confiée un peu à moi… Et ça n’a pas échappé à Ivan. Il m’a répété toute la soirée que je ne dormirai pas qu’une nuit ici. Il en était presque fatiguant. Il est venu s’asseoir à côté de moi un peu avant minuit et il m’a sorti : « Ecoute, je ne crois pas que tu vas quitter l’auberge. Je pense que tu vas rester, car j’ai besoin d’une volontaire et je voudrais que ce soit toi. Même pour deux semaines. Réfléchis. Si demain matin à midi tu es encore là, la place est pour toi. Sinon je te souhaite bon courage pour la vente de ta voiture. Pour cette nuit si tu veux, tu peux la garer dans la cour, elle sera plus en sécurité. »

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Maurice m’a filé un coup de main pour rentrer E.T dans le tout petit espace. Ivan m’a pris les clés des mains et la re-garer. Génial, je quitte un perfectionniste pour vivre avec un autre ! Mais Ivan avait sorti les mots magiques : volontariat pour deux semaines, parking sécurisé pour E.T, et puis il a raison, il vaut mieux que je ne reste pas seule en ce moment. Alors oui, j’avais dit que je ne chercherais pas, mais je n’avais pas dit que je ne dirais pas oui à une offre servie sur un plateau d’argent…

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Le lendemain à midi, j’étais encore dans l’auberge. J’y ai vécu deux semaines. L’équipe était géniale : que des volontaires et Ivan. Je retrouvais le bonheur de passer du français, à l’anglais, à l’espagnol ; ma curiosité à connaître ses voyageurs de passage ; les soirées à cuisiner et les asados arrosés. Je suis arrivée fatiguée, avec une voiture. Je suis repartie avec le sourire et ma maison sur le dos, de la même manière que j’étais arrivée à Santiago 5 mois plus tôt. Ivan, son paternalisme, son envie d’envoyer tout à la poubelle, sa volonté de ne plus tomber amoureux, sa guitare, sa générosité, ses piscos sour et ses longues tirades m’ont permis de vendre E.T sereinement, rapidement et d’ajouter un joli soleil à mon séjour sur Santiago. J’appréhendais ces deux semaines et j’ai eu du mal à y mettre un terme, alors merci pour tout. Alvaro (Cf. article : BA9 : La City est Full) vous dirait que ce n’est pas une bonne étoile qui me suit, mais la voie lactée toute entière.

Moi j’ai juste arrêté de croire au hasard.

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