B1 : Blanc comme sel

Fermez les yeux. Imaginez. Une étendu de blanc à perte de vue. Jusqu’à l’horizon. L’impression que cette immensité de n’arrête jamais. Imaginez. Ce blanc, il vous prend à la gorge, car ce blanc il est à 3 600m d’altitude. Indétrônable. Ce blanc, ce n’est pas de la neige, mais ça craque tout de même sous les chaussures. Il n’est pas lisse ce blanc, il est craquelé. Il agresse, il brûle presque. Mais il est hypnotisant. On n’en détache pas les yeux. Il appelle. Il est silence et vent. Alors on avance.

Cette étendue de plus de 10 000km2 s’appelle le Salar d’Uyuni. L’eau s’est retirée, laissant derrière elle son sel. Du blanc à perte de vue. Mais si vous vous sentez perdus, tournez la tête vers le Nord. Ce n’est pas la Grande Ourse que l’on aperçoit, mais de jour comme de nuit, le volcan Tunupa impose sa présence à toute la région du haut de ses 5 400m. Il est le phare des égarés du Salar. Il permet de rendre réel ce paysage d’un autre monde. Mais même s’il semble proche, ne vous méprenez pas, il vous reste certainement une bonne cinquantaine de km avant de l’atteindre… Cependant, il n’est pas le seul habitant du plus grand désert de sel au monde. Il y a quelques îles qui le parsèment, dont la plus connue Incahuasi, se trouve au milieu et y accueille de nombreux cactus.

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Lily et Pavlo, Slovaques, presque 30 ans, l’une est photographe et l’autre est un ‘IT kind of guy’. Ce sont des amoureux du trekking. Ils sont d’ailleurs bien équipés. Ils arrivaient du Pérou alors que nous nous y rendions. Ils ont mis le pied sur l’île en même temps que nous. Il y a un refuge et c’est là qu’ils vont y passer la nuit pour être dans les premiers à admirer le lever du soleil, le lendemain. Dans ce refuge, nous avons rencontré Dino également, un cycliste-photographe, Italien, d’une quarantaine d’années. Nous n’avons aucune idée depuis combien de temps il parcourt le monde sur son fidèle destrier, mais il n’a pas commencé hier. Il fait également beaucoup de vidéos sur Insta.

Avant de tous nous retrouver pour le dîner, nous avons regardé le couché du soleil chacun de notre côté. Ce n’est pas le plus impressionnant mais définitivement le plus international que nous ayons fait. Nous sommes une Française et un Canadien, rencontrés en Jamaïque, arrivés avec une voiture chilienne, en plein coeur de la Bolivie et nous buvons du vin argentin. Très bon d’ailleurs. Je l’aime cette diversité, elle me fait beaucoup sourire.

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Nous voilà, vers 19h, tous les cinq, les cactus, le sel et les étoiles, à cuisiner dans le refuge. Nous étions les seuls habitants de ce petit bout de terre dans cette mer de sel. On a échangé des verres de vins et des paquets de riz. On a échangé des souvenirs, des anecdotes sur cette Amérique du Sud que l’on parcourt et aime un peu plus tous les jours. On a écouté Dino et ses aventures à vélo sur le Salar. On a découvert le bruit monstrueux qu’un réchaud MSR peut faire. Nous avons écouté Lily et Pavlo nous raconter leur déboire pour trouver de l’eau lors d’un trek au Pérou. On a fait des photos sous les étoiles avec l’appareil de Lily. Avec le sien, on voyait les étoiles et avec mon iPhone, c’était tout noir… C’est ce qui me manquera le plus dans ce voyage. Passer des heures la tête tournée vers ces milliers d’étoiles qu’on ne voit jamais d’habitude. Guetter les étoiles filantes, un moment plus aussi exceptionnel qu’avant, mais toujours attaché à un voeux. #NonJeNeSuisPasSuperstitieuse

Et puis nous avons rejoint notre maison garée à côté de l’île pour la nuit. Malgré les 2°C, même pas froid ! On l’aime notre maison. On avait mis notre réveil de bonne heure pour regarder le lever du soleil. Mais ce sont les moteurs des voitures des tours opérateurs qui nous ont réveillés. Une, puis deux, puis trois, puis dix voitures. En sortant de la tente, on s’est cru pris au milieu d’un assaut militaire au 4×4. De cinq, nous passons à plusieurs dizaines sur l’île en quelques minutes, les yeux tournés vers le soleil naissant. Nous arrivons essoufflés au sommet de l’île. Et oui à 3 600m d’altitude, pas évident le sport matinal ! Nous sommes déçus de cette affluence de touristes après le calme de la nuit. Et moi je prétends ne pas être Française, et ne pas entendre ces gens qui ne savent pas chuchoter.

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On partagera le petit dej’ avec Lily et Pavlo avant qu’ils ne partent en courant récupérer leur bus pour de nouvelles aventures. Lily avait du mal à nous laisser. Il est plus difficile de faire des rencontres avec d’autres quand on voyage à deux, surtout en couple. Moi aussi j’aurais bien aimé faire un petit bout de chemin avec eux. Nous revoilà tous les deux au milieu de ces touristes. Notre tente de toit est devenue la deuxième attraction de la journée. Mais les fameuses photos en perspectives nous attendent, une journée de rires qui se profilent, seuls, à moitié perdus

entre sel et volcan.

 

 

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